Qui donc a écrit Les Mangeurs de brise ?

Tour de chauffe

Frédéric Garouste

en Solex à Salonique

Tout petit déjà, le Garouste est un animal faussement docile qui, avec patience et humour, n'attend que l'âge légal où il pourra s'enfuir. A 9 ans, il rédige le premier chapitre de L'histoire du Grand Crocodile de mer. Au bout de 6 pages, essoufflé, il accepterait bien un peu d'aide ; mais elle tarde à venir. Il abandonne le monstre marin et se console en lisant Jules Verne.

En classe de Seconde, Son Altesse Serenissime Malko Linge et Rimbaud lui montent à la tête : il projette de devenir "trafiquant d'armes à Istanbul"… Faux-départ : son prof de français parvient in extremis à le soudoyer pour qu'il "passe son bac d'abord"…

Corvée vite expédiée grâce à un 14/20 en philo, un 15/20 en économie et un 15/20 en italien qui rachètent le cataclysmique 1/20 en math… Pour fêter l'événement, il se lance dans un grand raid en solitaire : de Paris à Istanbul en Vélosolex !

Réussite totale : en 20 jours – et à raison de 12 h à 16 h de conduite quotidienne – il survit à la traversée de la Serbie, de la Bosnie, du Kosovo, de la Macédoine... et gare son Solex entre les minarets de Sainte-Sophie et le Bosphore.

 

Voyages initiatiques ?

Paris-Abidjan à vélo

Encouragé, il repart presque aussitôt pour Singapour, en alternant auto-stop, autocars asmathiques et tortillards à vapeur. Il se fera même brièvement embaucher comme chauffeur en Afghanistan. Mais il ne s'y attarde guère. Les chevelus squelettiques enlisés dans leurs paradis artificiels croisés à Kabul (et plus tard à Katmandu ou Vientiane), l'incitent à se tenir définitivement à l'écart des substances illicites.

L'année suivante, commence sa "période africaine" durant laquelle il multiplie les traversées de Sahara et d'Afrique noire. La plus spectaculaire ? Un Paris-Abidjan à vélo, via la côte espagnole et Gibraltar, le Maroc, l'Algérie, le Niger, le Burkina-Faso, le Togo, le Bénin et le Ghana... Plus de 10 000 km parcourus en dix mois, dont 2 000 km sur des pistes sableuses ou en latérite.

Notre préférée : un Paris-Lomé où il parcourt en solitaire l'intégralité du trajet – y compris les pistes du Hoggar et du Sahel –, en Flandria Comet 4. Aujourd'hui objet de musée, ce clone de la célèbre Mobylette était, comme son nom l'indique, fabriquée en Belgique. Ses atouts ? Un moteur de 49 cm³, minuscule mais rageur et surtout, une boite de quatre vitesses à la poignée, comme les premiers Vespa. Une technologie qui accomplit des miracles quand il s'agit de franchir ornières de camions ou dunes de sable mou.

Mais il y eut également un deuxième voyage à vélo à travers l'Afrique, illuminé par la présence d'une charmante cycliste prénommée Nathalie. Un périple en Yamaha 350 XT qui amènera notre aventurier jusqu'aux frontières de la Libye. Une folle équipée où il est pris en stop par des trafiquants de 404 volées et où il échappe de justesse à la prison. Et quelques autres épiques traversées du désert en compagnie de chauffeurs africains ou arabes conduisant d'antiques semi-remorques transportant troupeaux de moutons vivants ou cargaisons de dattes.

 

Virage à angle droit

sur la route d'Istanbul

Après cette douzaine d'années pétaradantes mais brouillonnes, le voyageur impénitent fête ses trente ans et change radicalement de cap. Il pose son sac à dos Lafuma au cœur du Marais et s'inscrit à "Paris III - la Sorbonne nouvelle". Enthousiaste, il s'y trace un itinéraire personnel et zigzagant qui ratisse large : littérature et psychosociologie, histoire et cinéma.

Une ambiance propice pour renouer avec l'écriture, même si s'atteler au deuxième chapitre du Grand Crocodile de mer n'est plus d'actualité ! Paraît donc alors Boxif, un recueil de textes poétiques, rapidement épuisé...

Durant les vacances d'été, pour ne pas perdre la main, il s'offre encore quelques jolis vagabondages, à vélo ou à moto. Et même un Paris-Istanbul effectué en compagnie de Camille, où ils chevauchent chacun leur mob, d'authentiques Mobylettes cette fois, celles fabriquées par Motobécane

 

Longue ligne droite en vue

Frédéric Garouste 1991

Randonnée au Yémen

Puis, diplôme en poche, il se lance dans l'organisation de "circuits-aventure" et de randonnées sportives dans une vingtaine de pays, dont le Sahara, la Turquie ou la Tanzanie. Le succès est immédiat ! La façon de voyager évolue et pédaler au bord du Nil, marcher dans le Hoggar, découvrir la Crète à scooter, l'Algérie en stop, le Yémen en 4 X 4 ou la Vallée des Rois à dos d'âne devient furieusement tendance.

Pour ne pas fatiguer toujours les mêmes muscles, il conçoit et anime également des voyages culturels et des "circuits conférences" en Syrie, au Pakistan, en Chine, au Cambodge...

Un savoir-faire qui l'amène tout naturellement à collaborer étroitement avec des voyagistes comme Nouvelles Frontières, Jet tours, Club Aventure, Zigzag, Explorator, Maison de la Chine ou des Orientalistes.

Mais à développer aussi sa propre clientèle ; de fidèles aficionados triés sur le volet, qu'il emmène lors de voyages conçus selon leurs propres objectifs dans ses pays de prédilection : Canada et Liban, Scandinavie et Iran, Turquie et Yémen, Guyane ou Syrie.

Afin de rester compétitif sur un marché encombré par des collègues bardés de doctorats, mais aussi par curiosité, il dévore dans le désordre des centaines de bouquins sur l'islam, le bouddhisme, l'architecture ou la géopolitique.

 

Altitude de croisière : 18 000 pieds

Entre deux missions lointaines, Frédéric Garouste s'organise pour marier ses deux passions, le voyage et l'écriture. Il s'essaie à différents genres littéraires : écriture de nouvelles ayant pour cadre Belle-Île, Hanoi ou Phnom Penh ; de romans déconseillés aux moins de 18 ans ; d'un foisonnant roman d'aventures se déroulant à travers Kenya, Tanzanie et Seychelles ; de guides culturels pour les Editions Peuples du Monde, dont un guide de la Guyane qui sera plébiscité par les Guyanais eux-mêmes.

A cet égard, 2015 se révèle un excellent cru, puisque deux ouvrages de notre infatigable globe-trotter sortent simultanément en librairie : un guide d'Iran publié à Genève par les Editions Olizane (co-signé avec Helen Loveday, titulaire d'un doctorat en architecture d'Oxford). Agrémenté d'une centaine de photos, ce livre décrit une réalité iranienne bien différente de celle caricaturée dans les grands médias. Les curieux ne s'y sont d'ailleurs pas trompés puisqu'il caracole en tête des ventes des éditions Olizane depuis sa sortie, en janvier 2015.

Le second, édité par Peuples du Monde, s'intitule Les Mangeurs de brise. Inutile d'en dire plus, puisque ce site lui est entièrement consacré !

 

 

Les Mangeurs de brise :